Mijo Leblanc

A Michel Tosca

 

J’aimerais écrire comme il peint. Avec la pointe d’un cil.

Mais les mots souffrent d’épaisseur…

Si lui dessine du floconneux, moi je ne trace que du gras.

Si son pinceau devient ciselet, moi je ne débite que du texte bourratif.  

L’écriture n’est pas miniature. Du moins, pas la mienne.

Elle n’est pas un travail d’aile de papillon.

Elle n’est pas vol d’insecte qui tangue et divague.

Qui enregistre sa trace folle.

Qui décrit des danses et des errances.

Mon écriture a des lourdeurs

Que ne connaît pas sa peinture.

 

Je lui envie aussi cette continuité lente, cette perpétuité silencieuse.

Sa ligne couvre sans répit.

Mes phrases à moi, elles toussent.

Sans cesse elles buttent. Sur un petit vide. Sur une petite chute. L’écriture est chaotique.

Lui, il enfile, il tisse, il tricote …Rien ne dit qu’il a parfois interrompu son geste.

Sa peinture coule en un charme nonchalant.

 

Qu’est-ce qui m’a pris de vouloir écrire sur sa peinture ?

Il faudrait dix mille mots en un.

Un seul mot. Longiligne. Souple. Infini. Qui ne s’interrompt pas.  

Qui peut proliférer, bouillonner, foisonner…

Un mot qui serait éponge, coton, lichen ou algue…

Un mot alvéole.

Un mot galaxie.

Qui irait explorer les planètes inconnues.

A la recherche d’une vie improbable.

 

Bref.

Sa peinture est une écriture…

Il n’est nul besoin de prendre à mon tour ni la pointe sèche

Ni l’encre ni la plume…

   novembre 2012